139.134_correspondances coercitives est une édition constituée à partir de correspondances entretenue avec une détenue basque incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes. Dans ce mode de communication particulier, le courrier est notamment ce qui permet au lien de se constituer ou de se maintenir, il fait mouvement entre intérieur et extérieur et traverse l’espace de contrôle, sans toutefois s’en affranchir, dans le contexte carcéral. Au sein d’un dialogue à double voix, les co-rrespondances sont reconfigurées dans l’espace du livre, les éléments échangés s’articulent entre textes, documents, images et objets photographiés. Ces fragments recomposent un temps qui s’étire, long, à la fois fixe, incertain et mesuré, comme celui de la co-écriture et de l’attente, de la détention préventive jusqu’au procès.

extrait du texte d’introduction :

Chère Itziar,
Chers tous,

Voilà ci-joint ce que l’ on a fabriqué avec ce que l’ on s’ est dit. Si c’ était une question de stratégies, je crois qu’ on a un peu réussi, en tous cas on a fini par en trouver des ouvertures. Et parfois, quand il y a eu des failles, dans la mécanique, on a emprunté des détours et investi ces espaces, ceux où il est presque possible de respirer. (...) Dans ce lieu de dépossession de votre image où sa gestion et sa diffusion est monopolisé par l’administration, d’autres sont conditionné à l’anonymat.
Je t’ ai demandé les usages, j’ ai observé les différences, les relations à ces images, la place qu’elles occupent dans vos cellules, dans ce contexte. L’ image qui est impossible, celles qui sont contrôlées, fantasmées, qui accusent, qui tentent de résister à l’absence, aux privations, celles qui maintiennent les liens ou parfois les effacent... On ne sait jamais vraiment si ça va passer, on sait toujours qu’elles seront ouvertes et que par contre tout sera lu, tout sera vu. Alors le contenant devient surface , un écran qui porte des mots, du graffiti pour les postiers. On tisse avec les circonstances et à partir de là, privée de l’expérience d'un monde, y émerge du commun : au sens de ce que l’on partage, et lorsque le banal prend des dimensions extra-ordinaires. Tant que ça parvient à traverser les murs. On a prélevé de nos réels en miettes des fragments, comme des morceaux épars, qui finiront bien par faire des connexions.

Entre deux, le langage qui réactive ta parole dans cette co-rrespondance qui n’a plus grand chose de binaire maintenant. Contre un récit d’effacement et tenue par l’ idée qu’il doit y avoir quelque chose qui affirme vos présences : motivées et agissantes. Tu existes et c’est ici que tu existes (...)