Cet ensemble est une proposition élaborée à partir d’images provenant de différentes séries qui forment ici une nouvelle combinaison. Elle tente d’articuler une appréhension de l’espace par le regard, souligné par le sur-cadrage, avec sa perception contrariée (obstacle à la vue, barrage au regard, entrave...).

Considéré comme un producteur de limite le cadre engendre d’autres espaces dans une sorte de liberté délimitée, utopie d’une frontière qui créerait du lien. C’est dans cette oscillation entre espace mental et espace concret que se situent ces images ambiguës, cul de sac, impasse ou ailleurs, issues impossibles ou tentatives de liberté... des échappées qui luttent, à l’opposé de l’ injonction du cadre.

Ce sont des espaces de l’ordinaire qui pourraient être familiers mais sont avant tout des espaces construits comme celui, contraint, de la photographie. Relativement indéterminés ils traversent des limites et des barrières : éléments de séparation, de distinction ou de passages, enclave, refuge, zone de repli ou abris, espaces ordonnés ou abandonnés, semi-occupé ou à demi usagé, chacun invitent à leur re-définition. Dans ces espaces de l’entre deux, chutes ou amorces, fins ou commencements, des motifs apparaissent de manière répétée (grille, barrières, fenêtre, enclos...) et renvoient à un ordre symbolique tout en le reconfigurant en imaginaire poétique. Béton, asphalte, structures métalliques... des passages, des accès qui semblent ne mener nulle part et qui lorsqu’ils sont condamnés inquiètent.

C’est dans ces formes d’isolement, infinité de sous-espaces fragmentés, que l’ état des choses est donné à voir. Là où le regard se heurte aux cloisons la progression semble buter sur les bords et les angles, souvent dégagé de perspectives, le vide relatif et la présence de formes simples produisent paradoxalement de potentielles ouvertures et c’est aussi le moyen de se tailler un espace en dehors des confinements, basculer dans un hypothétique ailleurs. A l’espace concret se superpose l’espace imaginaire mais les constructions spatiales (régulatrices, normatives ou contraignantes) mutent ici en espace de possibilités. Décrivant des organisations spatiales singulières qui font écho à des situations, ces images appellent alors à autant de stratégies de fouilles ou d’échappatoires.